Robots jaunes assemblant des caisses de véhicules dans un atelier
Industrie et emploi de la filière automobile

La filière automobile française rassemble 400 000 emplois directs

Effectifs, établissements, balance commerciale et compétitivité industrielle.

4.1

Périmètre de la filière automobile française

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La filière automobile française est l’un des grands écosystèmes industriels du pays. Elle s’organise autour de quatre grands étages : (1) les constructeurs (Stellantis, Renault Group, Toyota Onnaing, plus une présence partielle d’autres marques) ; (2) les équipementiers de rang 1 et 2 (Forvia ex Faurecia, Valeo, Michelin, Plastic Omnium devenu OPmobility, Saint-Gobain Sekurit, les filiales françaises de multinationales comme Continental, Aumovio, Schaeffler, AVL, etc.) ; (3) les sous-traitants spécialisés (mécanique, électronique, plasturgie, chimie, services à l’industrie) ; (4) la distribution et le service après-vente (réseau de concessionnaires, après-marché indépendant, recyclage, cf. chap 9). Cette section présente les contours et les ordres de grandeur de la filière.

Ce chapitre constitue un panorama de la filière à un instant donné (situation 2024-2025), en ordres de grandeur, plutôt qu’une analyse de séries temporelles longues : l’emploi par maillon et par site n’est pas publié de manière homogène sur dix ans, les conventions comptables des équipementiers ont évolué (notamment Forvia depuis la fusion de 2022) et les gigafactories sont un sujet récent (2021-2024) sans série historique. Le périmètre de la « filière automobile » varie en outre selon la source : la PFA retient un périmètre large (construction, équipement de rang 1 et 2, principaux sous-traitants, distribution et after-market), tandis que France Industrie privilégie un périmètre plus restreint (NAF 29, industrie automobile). Les chiffres présentés privilégient les ordres de grandeur PFA pour l’emploi total et les contributions sectorielles, et les données de chaque fédération pour les segments spécifiques. Le seul tableau présentant une série longue est le tableau 4.10 (taux de couverture du commerce automobile).

Tableau 4.1SITUATION 2024

FILIÈRE AUTOMOBILE FRANÇAISE : ORDRES DE GRANDEUR (SITUATION 2024)

LibelléVALEUR (ORDRE DE GRANDEUR)NOTESOURCE
EMPLOIS DIRECTS FILIÈRE400 000Construction + équipementiers + après-ventePFA, France Industrie
EMPLOIS INDIRECTS INDUITS1 À 1,2 MILLIONMultiplicateur 2,5-3 selon études INSEEPFA, INSEE
PRODUCTION VL EN FRANCE 2024 (M VÉH.)1,34CONFIRMÉE – cf. chap 8 (source primaire Inovev)Inovev/PFA
PRODUCTION VL EN FRANCE 2025 (M VÉH.)1,5 (+8 %)Rebond ; 12 usines, dont Toyota Onnaing recordPFA / L’Usine Nouvelle
CA FILIÈRE (ESTIM. ANNUELLE)>100 Md€Production + équipementPFA

Note de lecture

Distinction avec le chap 1 : La « part PIB ~3 % » indiquée ici concerne la filière industrielle automobile au sens étroit (construction + équipement + after-market). Elle n’est pas comparable au « ~13,1 % du PIB » du tableau 1.1 (chap 1), qui mesure la VA totale du transport en France (branche transports + compte propre auto des ménages + dépenses administrations), tous modes et tous usages confondus. Les deux indicateurs renvoient à des périmètres comptables différents et ne sont pas additionnables.

Quatrième employeur industriel français

Avec ~400 000 emplois directs et un coefficient multiplicateur emplois indirects / emplois directs de l’ordre de 2,5 à 3 (effet d’entraînement vers les fournisseurs, sous-traitants et activités liées), soit ~1 à 1,2 million d’emplois indirects, la filière automobile génère un total de l’ordre de 1,4 à 1,6 million d’emplois directs et indirects cumulés selon les estimations PFA/INSEE. Elle reste le quatrième employeur industriel français, derrière l’agroalimentaire, la chimie/pharma et l’aéronautique. Son poids économique s’est érodé depuis vingt ans (la filière comptait ~600 000 emplois directs au début des années 2000) sous l’effet de trois forces convergentes : délocalisation de l’assemblage vers l’Espagne, l’Europe centrale et le Maghreb ; concentration et automatisation des sites restants ; transition vers l’électromobilité, qui mobilise moins de main-d’œuvre par véhicule (de l’ordre de -30 à -40 % selon les études).

4.2

Emplois directs et indirects de la filière

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Le décompte des emplois de la filière automobile dépend du périmètre retenu. La PFA distingue le « cœur » (construction, équipement, après-vente) du « périmètre étendu » (incluant les sous-traitants spécialisés, la métallurgie, la chimie et l’électronique dédiée à la mobilité).

Tableau 4.2ESTIMATIONS SECTORIELLES, SITUATION 2024

DÉCOMPOSITION DES EMPLOIS DIRECTS DE LA FILIÈRE (ESTIMATIONS SECTORIELLES, SITUATION 2024)

Libellé
EMPLOIS DIRECTS (ORDRES DE GRANDEUR)NOTE
CONSTRUCTION AUTOMOBILE (STELLANTIS, RENAULT, TOYOTA)50 000Sites d’assemblage + ingénierie centrale
ÉQUIPEMENTIERS DE RANG 1 (FORVIA, VALEO, MICHELIN…)80 000Ingénierie + production
ÉQUIPEMENTIERS DE RANG 2 ET SOUS-TRAITANTS120 000Mécanique, plasturgie, électronique
DISTRIBUTION ET AFTER-MARKET (CF. CHAP 9)140 000Réseaux concessionnaires + indépendants

Évolution depuis 2000

Sur 25 ans, l’emploi direct de la filière a reculé d’environ -30 % (de ~600 000 à ~400 000), mais avec une trajectoire très contrastée selon les maillons : forte baisse de la construction (de l’ordre de -50 % avec la fermeture progressive de plusieurs sites majeurs – Aulnay, Bertheville, Madelin, Maubeuge réduit) ; recul plus modéré chez les équipementiers de rang 1 (~-20 %), compensé en partie par le développement à l’étranger ; quasi-stabilité de la distribution et de l’after-market, qui suit le parc roulant. Cette divergence reflète une réalité simple : plus on est en aval (proche du client), plus l’emploi est protégé géographiquement par la nature même du service. Les ordres de grandeur de la filière sont issus des publications de la PFA, de France Industrie, de la FIEV et de l’ANFA (bilans annuels par fédération).

4.3

Constructeurs : sites industriels et emploi en France

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Trois constructeurs maintiennent une présence industrielle significative en France : Stellantis (héritier de PSA et FCA), Renault Group, et Toyota (site d’Onnaing dans le Nord).

Tableau 4.3EFFECTIFS ESTIMÉS 2024

PRINCIPAUX SITES DE CONSTRUCTION AUTOMOBILE EN FRANCE (EFFECTIFS ESTIMÉS 2024)

Libellé
RÉGIONACTIVITÉEMPLOI (ORDRE DE GRANDEUR)
STELLANTIS SOCHAUXBourgogne-Franche-ComtéPeugeot 3008/5008 e7 000
STELLANTIS MULHOUSEGrand EstPeugeot 308, DS 75 000
STELLANTIS POISSYÎle-de-FranceDS 3, Opel Mokka, Lancia Ypsilon3 500
STELLANTIS RENNESBretagnePeugeot 5008/3008 (anciens), 5008 Hybride2 000

Note de cohérence du total

La somme des effectifs d’assemblage visibles (~38 000) est inférieure au total filière annoncé (~50 000) d’environ 12 000 emplois. L’écart correspond aux sites de mécanique/fonderie (Stellantis Caen + Sept-Fons + Trémery, estimés ~7-9 000 ; Renault Flins Re-Factory ~1-2 000, désormais renseignés en fourchette) et aux fonctions d’ingénierie centrales non affectées à un site d’assemblage (Stellantis Vélizy / Carrières-sous-Poissy ; Renault Technocentre de Guyancourt, plusieurs milliers d’ingénieurs). Ces fourchettes sont estimées à partir des rapports d’activité des groupes.

Renault ElectriCity. Le pôle électromobilité du Nord (Douai + Maubeuge + Ruitz) est le plus gros pari industriel français de la décennie 2020 : ~5 Md€ d’investissements cumulés, capacité cible de 400 000 véhicules électriques par an, dont la Renault 5 E-Tech (lancée 2024) et la Renault 4 (2025), produites avec une intensité carbone parmi les plus faibles d’Europe. La performance commerciale des modèles est en train de se confirmer en 2025 (cf. chap 10.9).

Stellantis : transition complexe. Le groupe a connu une année 2024 difficile (volumes -12 % à ~5,5 M véh., départ de Carlos Tavares en décembre 2024), avant la nomination d’Antonio Filosa à la direction générale en 2025. Sochaux et Mulhouse maintiennent leurs activités sur des plateformes mixtes (thermique + hybride + BEV). Malgré des plans de départs volontaires (cf. section 4.6), la production française de Stellantis a rebondi en 2025 (661 900 véhicules, tirée par Sochaux), et la part de marché européenne du groupe se redresse début 2026 (17,5 % au T1 2026, 18,1 % avec Leapmotor). Le groupe a toutefois annoncé en février 2026 un recentrage de sa stratégie d’électrification (cf. §4.5 sur ACC).

Toyota Onnaing. Le site, qui fabrique la Yaris (essence + hybride non rechargeable, motorisation dominante du marché VN 2024-2025 cf. chap 10.1), est l’un des sites de Toyota Manufacturing les plus performants en Europe. Ses volumes sont stables à hauts niveaux et son emploi est en croissance modérée.

4.4

Équipementiers : panorama industriel et CA

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Les équipementiers automobiles français sont parmi les plus puissants au monde : Forvia (issu de la fusion Faurecia + HELLA), Michelin, Valeo et Plastic Omnium devenu OPmobility. Ces quatre groupes comptent parmi les leaders mondiaux du secteur (Top 4 ≈ 84,6 Md€ de CA monde et ≈ 425 000 emplois en 2025), mais leur empreinte française a fortement diminué depuis 2010 [→ chap 8].

Tableau 4.42024-2025

ÉQUIPEMENTIERS FRANÇAIS : PROFIL R&D ET TRAJECTOIRE STRATÉGIQUE (2024-2025)

LibelléR&D (% CA)SPÉCIALITÉSTRAJECTOIRE STRATÉGIQUE 2024-2025
FORVIA (FAURECIA + HELLA)5 %Sièges, intérieurs (activités en cours de cession), électronique, hydrogène, éclairagePerte nette de 2,1 Md€ en 2025 (dépréciations HELLA/Clarion et Symbio, dette ~6 Md€) ; cession des intérieurs au fonds Apollo (2026) ; plan ~10 000 postes en Europe
MICHELIN3,5 %Pneumatiques, mobilitéBénéfice net 2025 en repli de 12 % (1,7 Md€, ~230 M€ de droits de douane US) ; fermeture des sites de Cholet et Vannes (~1 250 postes)
VALEO7-8 %Aide à la conduite, électrification, thermiqueRentabilité en hausse (résultat net +23 % en 2025) ; pression persistante sur les volumes
OPMOBILITY (EX-PLASTIC OMNIUM)~6 %Modules carrosserie, énergie propre, hydrogèneRentabilité en hausse (+8,9 % en 2025) ; leader mondial pare-chocs et hayons composites

Spécialités et trajectoires stratégiques

Forvia (issu de la fusion Faurecia + HELLA en 2022) – leader européen des modules intérieurs et de l’éclairage, positionnement croissant sur l’hydrogène (Symbio, joint-venture avec Michelin et Stellantis). Le groupe a annoncé en 2024 un plan de réduction d’effectifs de l’ordre de 10 000 postes en Europe (cf. section 4.6) et cède en 2026 ses activités d’intérieurs au fonds américain Apollo.

Michelin – historiquement focalisé sur le pneumatique, le groupe a élargi son périmètre vers les services à la mobilité (Michelin Connected Fleet, Better Way), les solutions hydrogène (Symbio), et les matériaux durables. La fermeture annoncée des sites de Cholet et de Vannes (~1 250 postes) en 2024-2025 a été un événement marquant.

Valeo – l’un des taux de R&D les plus élevés du secteur (~7-8 % du CA), centré sur l’aide à la conduite (ADAS), l’électrification (e-Smart drive, transmissions hybrides) et la gestion thermique. Position favorable sur la transition électrique, mais pression sur les volumes 2024-2025.

Plastic Omnium / OPmobility (rebaptisé en 2024) – modules carrosserie, systèmes énergie propre (réservoirs hydrogène). Position de leader mondial sur les pare-chocs et les hayons composites.

4.5

Gigafactories et chaîne batterie en France

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La France a misé sur le pôle batterie des Hauts-de-France – couramment désigné par l’expression médiatique « vallée de la batterie » – pour reconstruire une filière industrielle complète sur l’électromobilité. Quatre gigafactories ont été annoncées et engagées entre 2021 et 2023, pour un total d’investissement de l’ordre de 7 milliards d’euros (cf. chap 8).

Tableau 4.5

GIGAFACTORIES EN FRANCE : ÉTAT DES PROJETS DÉBUT 2026

LibelléLOCALISATIONCAPACITÉ CIBLE (GWH)ÉTAT DÉBUT 2026
ACC (STELLANTIS + MERCEDES + TOTALENERGIES)Billy-Berclau / Douvrin (62)~24 GWh (phase 1)En production depuis 2024 ; difficultés de montée en charge
AESC ENVISION (RENAULT)Douai (59)~9 GWh (phase 1)Production démarrée en juin 2025
VERKORBourbourg / Dunkerque (59)~16 GWhInaugurée le 11 décembre 2025 ; ~600 salariés, difficultés de montée en charge
PROLOGIUM (BATTERIES SOLIDES)Dunkerque (59)~48 GWH À TERME1re pierre 10 février 2026 (≈2 ans de retard) ; production de masse visée 2028
TOTAL DES ENGAGEMENTS ANNONCÉS—~100 GWh (cumulé)Calendriers étalés, demande VE 2024-2025 incertaine

Trajectoire 2025-2026 : concrétisation industrielle, mais sous tension

L’année 2025 marque la concrétisation de la « vallée de la batterie » : AESC Envision a démarré sa production à Douai en juin 2025, Verkor a été inaugurée à Bourbourg en décembre 2025, et ProLogium a lancé son chantier à Dunkerque début 2026 (avec ≈2 ans de retard). Mais cette dynamique reste fragile : ACC, pionnier français, connaît des difficultés de montée en charge, et le recentrage de l’électrification annoncé par Stellantis en février 2026 a conduit à l’abandon de ses projets allemand et italien. La demande VE européenne, en recul en 2024 puis en net rebond en 2025 (+29 % de ventes BEV, cf. chap 10), reste un facteur d’incertitude majeur pour le dimensionnement des capacités. La filière amont (cathodes, anodes, électrolytes, séparateurs) reste largement à construire en France ; la dépendance asiatique sur l’amont de la chaîne batterie demeure un sujet stratégique majeur.

Emplois directs liés aux gigafactories

À pleine capacité (horizon 2028-2030), les quatre gigafactories pourraient générer de l’ordre de ~12 000 emplois directs cumulés (fourchette 10 000-15 000 selon les calendriers et arbitrages industriels, cf. chap 8 §8.9), principalement dans les Hauts-de-France – auxquels ProLogium ajoute un objectif propre de 3 000 emplois directs et 12 000 indirects d’ici 2030. C’est l’un des principaux paris industriels du Plan France 2030.

Bras robotisés blancs alignés au-dessus d'une ligne d'assemblage automatisée
4.6

Plans sociaux et restructurations 2024-2025

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L’année 2024 et le début de 2025 ont été marqués par une vague d’annonces de plans sociaux et de restructurations dans la filière automobile française et européenne. Cette dynamique reflète la conjugaison de plusieurs chocs : recul du marché VN européen 2024 (-3 à -5 % selon les segments), tension sur la rentabilité face à la concurrence chinoise (BYD, MG, Leapmotor cf. chap 8), arrêt ou révision de plusieurs aides à l’achat VE, et anticipation de la transition électrique sur les emplois liés au thermique.

Tableau 4.6FILIÈRE FR

PRINCIPALES ANNONCES DE RESTRUCTURATION 2024-2025 (FILIÈRE FR)

LibelléANNONCEDATENOTE
STELLANTISPlans de départs volontaires plusieurs sites2024-2025Sochaux, Mulhouse, Poissy
STELLANTIS MIRAFIORI (ITALIE, HORS FR)Réduction durable de la production2024Effet sur la chaîne FR
FORVIAPlan ~10 000 postes EuropeAnnonce 2024Cible Europe principalement
VALEORéorganisation industrielle2024-2025Plusieurs sites concernés
MICHELINFermeture Cholet et VannesAnnonce 2024~1 250 postes

Trois lectures de la vague de restructurations

1. Adaptation au choc volumes. La baisse durable du marché VN européen (le marché total UE plafonne à ~13 M véh./an depuis 2020, contre 16 M en 2019) impose un ajustement des capacités industrielles. Plusieurs équipementiers réduisent leur empreinte au prorata.

2. Transition électrique et obsolescence. Le passage du thermique à l’électrique modifie radicalement la composition de la valeur ajoutée d’un véhicule : disparition de plusieurs milliers de pièces (boîte de vitesses thermique, embrayage, échappement, injection…), et concentration de la valeur dans la batterie et l’électronique de puissance. Les sites historiques liés à ces composants (par exemple les sites de production de moteurs thermiques de Forvia ou Valeo) sont les plus exposés.

3. Pression chinoise. L’arrivée des constructeurs chinois (BYD 4,3 M véh. mondiaux en 2024, MG, Leapmotor, Chery) sur le marché européen intensifie la pression sur les marges des constructeurs européens et de leurs équipementiers. Les surtaxes douanières UE applicables depuis octobre 2024 sur les VE chinois sont différenciées par constructeur : +7,8 % pour Tesla (produisant en Chine), +17,0 % pour BYD, +18,8 % pour Geely, +35,3 % pour SAIC (le taux le plus élevé), avec un taux moyen pondéré de l’ordre de +20 % à +30 % selon les volumes. Ces droits additionnels s’ajoutent au tarif douanier UE standard de 10 % pour les véhicules. Leur effet réel sur les volumes importés reste débattu : compensation possible par les marges des constructeurs chinois, contournement par production locale en Europe (BYD Hongrie, Chery Espagne annoncées).

4.7

Formation professionnelle et apprentissage

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La filière automobile mobilise un réseau dense de formation professionnelle, allant du CAP au diplôme d’ingénieur. L’ANFA (Association nationale pour la formation automobile, opérateur de compétences pour la branche services de l’automobile) et le GNFA (Groupement national pour la formation automobile) sont les acteurs centraux de l’apprentissage et de la formation continue dans le service après-vente. Les écoles d’ingénieurs (ENSAM, INSA, ENSI, INSTN, écoles d’arts et métiers) alimentent les fonctions R&D des constructeurs et équipementiers.

Tableau 4.7ORDRES DE GRANDEUR

FORMATION PROFESSIONNELLE AUTOMOBILE EN FRANCE (ORDRES DE GRANDEUR)

LibelléVALEUR 2024-2025NOTESOURCE
JEUNES EN FORMATION INITIALE (DOMAINES BRANCHE)73 200 (+2,7 %)Niveau recordANFA (Autofocus 112)
DONT ALTERNANTS41 850 (57 %)+2,7 %/an ; +94 % depuis 2014ANFA
PART DU BAC PROFESSIONNEL51 % des effectifs1er diplôme en nombreANFA
DONT FILIÈRE MAINTENANCE VP> 60 % des effectifsFILIÈRE LA PLUS CONSÉQUENTEANFA
JEUNES EN CQP / TITRE DE BRANCHE4 900Insertion à 93 % à 6 moisANFA

Tensions sur les compétences

La filière automobile française fait face à plusieurs tensions structurelles sur les compétences : • Pénurie de techniciens automobile (mécanique, carrosserie, électricité-électronique). L’aftermarket signale plusieurs dizaines de milliers de postes non pourvus selon les estimations Mobilians. • Reconversion vers l’électromobilité. Les techniciens formés au thermique doivent être reconvertis aux spécificités du VE (haute tension, électronique de puissance, batteries). Plusieurs programmes ANFA et constructeurs sont en cours. • Compétences logicielles. La voiture devenant un « ordinateur sur roues » (cf. règlementations européennes données et IA), les besoins en développeurs embarqués, cybersécurité, IA et data science explosent. Les compétences sont en concurrence directe avec d’autres filières (aéronautique, défense, banque).

4.8

Géographie industrielle de la filière

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La filière automobile française est inégalement répartie sur le territoire national, avec une forte concentration sur trois régions : Hauts-de-France (Renault Douai, Stellantis Hordain, Toyota Onnaing, gigafactories ACC/Verkor/Envision/ProLogium), Auvergne-Rhône-Alpes (Michelin Clermont-Ferrand siège, Stellantis La Roche-sur-Yon, plusieurs équipementiers), Grand Est (Stellantis Mulhouse, sites historiques Renault Bouchain, équipementiers et fonderies).

Tableau 4.8SITUATION 2024

GÉOGRAPHIE INDUSTRIELLE DE LA FILIÈRE AUTOMOBILE FRANÇAISE (SITUATION 2024)

LibelléACTEURS MAJEURSSPÉCIALITÉ DOMINANTEVULNÉRABILITÉ
HAUTS-DE-FRANCERenault Douai, Toyota Onnaing, ACC, Verkor, EnvisionConstruction VL + batteriesForte concentration
AUVERGNE-RHÔNE-ALPESMichelin (siège), Plastic Omnium / OPmobilityPneumatiques, équipementSpécialisée mais diversifiée
GRAND ESTStellantis Mulhouse, fonderies historiquesConstruction VL + sous-traitanceSites anciens
BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉStellantis SochauxConstruction VLMono-site dépendance
ÎLE-DE-FRANCEStellantis Poissy, Renault Flins, siègesConstruction + ingénierieEn recul

Hauts-de-France : la « vallée de la batterie ». Cette région concentre désormais les principaux sites de la transition électrique français : pôle Renault ElectriCity (Douai + Maubeuge + Cléon en Normandie voisine), Toyota Onnaing (hybride), Stellantis Hordain (VUL), et les quatre gigafactories en cours de mise en service (ACC à Douvrin, Verkor à Dunkerque, Envision AESC à Douai, ProLogium à Dunkerque). À pleine capacité, cette zone géographique produira la majorité des batteries et des véhicules électriques fabriqués en France. L’enjeu sociétal est massif : il s’agit pour une région historiquement minière et sidérurgique de réussir une seconde grande transition industrielle.

Opérateur en tenue de travail et casque jaune intervenant sur une caisse de véhicule
4.9

Compétitivité comparée FR/DE/ES/CZ/SK

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La compétitivité industrielle automobile française se compare habituellement à cinq références européennes : l’Allemagne (champion historique européen), l’Espagne (deuxième producteur UE en volumes), la République tchèque, la Slovaquie (producteur premium en pleine croissance), et accessoirement la Hongrie. Cette section présente les principales données structurantes.

Tableau 4.92024

PRODUCTION VL ET INDICATEURS FILIÈRE PAR PAYS (2024)

LibelléPAYSPRODUCTION VL 2024 (M)ÉVOLUTION 5 ANS (2019-2024)NOTE STRUCTURELLE
ALLEMAGNE4,1Recul modéréSites premium (BMW, Daimler, VW)
ESPAGNE2,2Quasi-stableSites Stellantis, VW, Renault, Ford, Nissan
RÉPUBLIQUE TCHÈQUE1,4StableSkoda (VW), Hyundai, Toyota
FRANCE1,34Recul longSites historiques en cours d’adaptation
SLOVAQUIE1,1CroissancePremium VW, Stellantis, Kia, JLR

Lectures comparatives

1. Coût du travail. L’écart de coût horaire entre la France et la République tchèque/Slovaquie reste de l’ordre d’un facteur 2,5 à 3 selon les données Eurostat 2023-2024 (coût horaire main-d’œuvre industrie manufacturière : France ~40 €/h, Tchéquie et Slovaquie ~15-16 €/h). Cette différence explique en grande partie la délocalisation progressive de la production de véhicules de gamme moyenne vers l’Europe centrale et orientale depuis 2000.

2. Productivité industrielle. Inversement, la productivité par employé est nettement plus élevée en France et en Allemagne qu’en Europe centrale, ce qui partiellement compense l’écart de coût pour les véhicules à forte valeur ajoutée (BEV, premium, hybrides).

3. Coûts de l’énergie. Le coût de l’électricité industrielle en France (faible grâce au nucléaire) est un atout structurel pour les sites énergivores (gigafactories, fonderies, peintures). Cet atout est l’un des arguments majeurs de l’attractivité française pour les nouveaux investissements batterie.

4. Présence des fournisseurs. La densité du tissu d’équipementiers et de sous-traitants en France reste l’un des atouts majeurs. C’est ce critère qui permet aux constructeurs de maintenir une base industrielle française même quand le coût horaire pousse à délocaliser.

5. Solde commercial automobile : un décrochage de long terme. Le taux de couverture du commerce extérieur français (rapport export / import × 100) constitue un thermomètre direct de la santé de la filière. Pour l’industrie automobile, ce taux est passé de 120,1 en 2019 à 70,3 en 2023 – un effondrement de 50 points en quatre ans qui constitue l’inflexion structurelle la plus marquante de la décennie. En 2024, le déficit du secteur automobile dans la balance commerciale française atteint -22,5 Md€ (dont -18,0 Md€ pour les véhicules et -4,5 Md€ pour les équipements, source DGDDI), soit une très légère amélioration par rapport à 2023 (-23,9 Md€), illustrant la situation paradoxale d’un pays grand consommateur de véhicules (1,72 M VN en 2024, cf. chap 10) mais devenu importateur structurel. Le retournement ne tient pas qu’à la baisse de la production (1,34 M véhicules en 2024 vs 3,4 M en 2004, cf. chap 8) : il reflète aussi la montée des importations en provenance d’Allemagne, d’Europe centrale (Tchéquie, Slovaquie) et, plus récemment, de Chine. Le redressement à moyen terme est conditionné aux investissements gigafactories (cf. section 4.5) et à la capacité des constructeurs français à reconquérir des parts de marché européennes sur les segments électriques abordables.

Tableau 4.10

TAUX DE COUVERTURE DU COMMERCE EXTÉRIEUR AUTOMOBILE FRANCE (RAPPORT ENTRE LA VALEUR DES EXPORTATIONS ET CELLE DES IMPORTATIONS

LibelléTAUX DE COUVERTURE AUTO (%)SOLDE AUTO (MD€)NOTE
2019120,1ExcédentAvant choc Covid
202074,2DéficitChoc Covid, recul exports
202271,5-19,9Tensions semi-conducteurs
202370,3-23,9Creux du déficit
202469,8-22,5dont véhicules -18,0, équipements -4,5
4.10

Sources principales et statut des données

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Caisses de véhicules alignées sur une ligne d'assemblage sous un éclairage industriel

Sources principales

– Plateforme automobile (PFA) – bilans annuels et études sectorielles. – France Industrie – comptes nationaux et études de filières. – FIEV (Fédération des industries des équipements pour véhicules) – annuaires et études. – CCFA – Comité des Constructeurs Français d’Automobiles. – ANFA, GNFA – formation et apprentissage de la branche des services de l’automobile. – Mobilians – fédération des entreprises de mobilité, observatoire de l’emploi. – Rapports annuels 2024 des constructeurs (Stellantis, Renault Group, Toyota TMMF) et des grands équipementiers (Forvia, Michelin, Valeo, OPmobility, Saint-Gobain Sekurit). – ACEA, OICA – données européennes et mondiales de production. – INSEE, Eurostat – comptes nationaux, coût horaire, productivité. – Plan France 2030 – annonces gouvernementales sur les gigafactories et l’hydrogène.

Précautions de lecture

– Effectifs par site (tableau 4.3) : fourchettes estimées. Stellantis et Renault ne publient pas systématiquement les effectifs par site (mécanique/fonderie, ingénierie centrale, reconditionnement) ; ces lignes sont données en fourchettes, avec une incertitude pouvant atteindre ±30 %. – Gigafactories (tableau 4.5) : capacités cibles. Les capacités indiquées sont les cibles de pleine montée en charge (horizon 2027-2030) ; les capacités effectivement installées évoluent au fil des mises en service (ACC, Verkor, Envision AESC, ProLogium).

Un panorama à un instant donné

Ce chapitre est par construction un panorama industriel à un instant donné (situation 2024) plutôt qu’une analyse de séries temporelles longues. L’absence de séries longues sur la plupart des tableaux est un choix assumé : (1) l’emploi par maillon et par site n’est pas publié de manière homogène par les fédérations sur dix ans ; (2) les conventions comptables des équipementiers ont évolué (notamment Forvia depuis la fusion de 2022), ce qui limite la comparabilité historique ; (3) les gigafactories sont par nature un sujet récent (2021-2024), sans série historique disponible. Le seul tableau présentant une série temporelle longue est le tableau 4.10 (taux de couverture du commerce automobile), qui dispose de plus d’une série longue 1982-2023 à la demande.

Lien avec les autres chapitres

[→ chap 8] Production : volumes de production VL et VUL en France. [→ chap 10] Immatriculations : ventes nationales et parts de marché des constructeurs. [→ chap 11] Énergie : enjeux industriels de la filière hydrogène. [→ chap 13] Sécurité : les ADAS comme effort de R&D des équipementiers. [→ chap 9] After-market : emploi de la branche des services de l’automobile.

Statut des données

Les principaux chiffres 2024-2025 sont établis sur sources officielles : CA et résultats 2024 et 2025 des grands équipementiers (rapports annuels Forvia, Michelin, Valeo, OPmobility), formation (ANFA, chiffres clés 2025), balance commerciale automobile (DGDDI : −22,5 Md€ en 2024, ~−20,9 Md€ en 2025), restructurations 2024-2025 (FIEV, Sénat, groupes). Quelques effectifs de sites (mécanique/fonderie, ingénierie centrale) restent donnés en fourchettes estimées, précisées à partir des rapports d’activité des groupes.