Loupe posée sur des courbes et graphiques économiques lumineux
Économie des mobilités et des filières

En France, la valeur ajoutée élargie du transport représente de 13 à 15 % du PIB ces dernières années

Poids économique, dépenses de transport des ménages, valeur ajoutée des filières.

1.1

Cadrage macroéconomique des mobilités

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L’analyse économique des mobilités s’inscrit dans un cadre macroéconomique dont quatre paramètres pèsent directement sur le marché du véhicule et les choix de mobilité des ménages : le PIB et son rythme de croissance, le pouvoir d’achat des ménages, le coût du financement (taux d’intérêt BCE qui détermine le coût des financements LLD/LOA, cf. chap 10), et l’inflation (qui module la part contrainte du budget transport). Cette section condense les ordres de grandeur de cadrage.

Tableau 1.0

1.0 – Indicateurs macroéconomiques de cadrage France

Libellé2016201720182019202020212022202320242025
PIB courant (Md€)2 2322 2922 3552 4322 3182 5082 6542 8272 920n.d.
PIB volume base 2020 (Md€)2 3662 4152 4552 5052 3182 4782 5452 5822 6132 636
Croissance PIB volume (%)+0,9 %+2,1 %+1,6 %+2,0 %-7,4 %+6,9 %+2,7 %+1,4 %+1,2 %+0,9 %
Population au 1/1 (M, France entière)66,766,967,067,067,367,768,168,368,468,6
Inflation IPC (moyenne annuelle)+0,2 %+1,0 %+1,8 %+1,1 %+0,5 %+1,6 %+5,2 %+4,9 %+2,0 %+0,9 %

Lecture mobilités

Trois mécanismes structurent le secteur des mobilités en 2024-2025 :

– La consommation des ménages stagne sous l’effet de l’inflation cumulée 2022-2023 (+10 % sur deux ans) : différé d’achat de véhicule neuf, montée du VO (cf. chap 10).

– Les taux directeurs BCE remontés à un niveau historiquement haut en 2023 renchérissent les financements LLD/LOA, principal canal d’achat des VN particuliers (~50 % des immatriculations, cf. chap 10).

– L’érosion structurelle de la TICPE – de l’ordre de 1 Md€/an perdu par million de VE supplémentaires (ordre de grandeur sectoriel) – pose la question de la substitution de cette ressource fiscale (cf. section 1.6).

1.2

Contribution du transport au PIB

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La contribution du transport au PIB français est évaluée par la branche transports des comptes nationaux (donnant lieu à facturation), à laquelle s’ajoutent les transports pour compte propre des entreprises et des ménages, et les dépenses des administrations. La somme de ces composantes – qu’on désigne usuellement comme la « facture transports » – représente structurellement de l’ordre de 13 à 14 % du PIB français.

Voies de péage autoroutier avec signalisation lumineuse au-dessus des files
Tableau 1.1Md€ courants

1.1 – Valeur ajoutée du transport dans l’économie (Md€ courants)

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Libellé2016201720182019202020212022202320242025
VA branche transports et entreposageN.D.N.D.N.D.95,584,9109,4134,8113,3120,2n.d.
Compte propre entreprises (fret + voyageurs)23,123,825,125,525,025,928,929,830,7n.d.
Compte propre ménages (automobile)125,6133,0141,6143,8119,8136,2152,4162,0163,0n.d.
Dépenses des administrations (courant + invest.)63,167,669,174,875,378,781,586,891,5n.d.
VA totale du transportn.d.n.d.n.d.339,6305,0350,2397,6391,9405,4n.d.

Les doubles comptes résiduels (part des transports facturés dans les dépenses automobiles des ménages, dépenses des administrations) sont probablement compensés par d’autres dépenses affectées de fait aux transports mais non comptabilisées comme telles (dépenses régaliennes de police de la circulation, déplacements professionnels intégrés dans les dépenses d’entreprises, externalités). À cet égard, la « facture transports » française approche structurellement les 20 % du PIB si l’on intègre les coûts indirects (santé, climat, congestion). Ce poids économique traduit la centralité de la mobilité dans le modèle économique français – mais aussi sa vulnérabilité aux chocs énergétiques, aux décisions fiscales (TICPE, ZFE) et aux ruptures technologiques (électrification, automatisation).

1.3

Dépense de consommation des ménages en transport

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Les chiffres présentés ci-dessous portent uniquement sur les dépenses que les ménages consacrent à leurs propres déplacements. Ils ne représentent pas la part réelle des transports dans les dépenses des ménages, puisque la quasi-totalité des biens et services achetés intègrent dans leur prix de vente des coûts d’acheminement.

Tableau 1.2k€ par ménage

1.2 – Valeur ajoutée du transport dans l’économie (Md€ courants)

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Libellé2016201720182019202020212022202320242025
Population au 1/1 (M, France entière)66,766,967,067,067,367,768,168,368,468,6
Nombre de ménages (M)29,229,529,730,030,230,530,730,931,1n.d.
Dépense transport individuel (k€)4,34,64,84,94,04,55,15,35,3n.d.
dont achats véhicules (k€)1,31,31,41,41,21,11,11,31,3n.d.
dont utilisation (k€)2,82,93,23,22,63,13,63,73,7n.d.

La part de la dépense des ménages en transports représente, par rapport à leur dépense de consommation finale, 12,9 % en 2023 et 12,7 % en 2024 (dépense de transport hors assurance rapportée à la consommation totale des ménages, source SDES base 2020). Cette stabilité apparente masque une recomposition silencieuse : les dépenses d’achat de véhicules neufs reculent (parc qui vieillit, prix moyens en hausse, recours croissant à la LLD/LOA qui transfère ces flux vers la consommation de services), tandis que les dépenses d’entretien et de pièces – donc l’aftermarket (cf. chap 9) – montent en puissance. Pour les ménages les plus modestes, la mobilité représente jusqu’à 18-20 % du budget, ce qui en fait l’un des postes les plus exposés aux tensions de pouvoir d’achat et aux décisions fiscales sur les carburants.

1.4

Coût total de possession (TCO) d’un véhicule

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Le coût total de possession (TCO, Total Cost of Ownership) d’un véhicule mesure la dépense globale supportée par un ménage ou une entreprise sur la durée de détention, en intégrant l’achat (ou les loyers LLD/LOA), les carburants, l’entretien, les pneumatiques, l’assurance, le stationnement, les péages et la décote (différence entre prix d’achat et valeur de revente). Cet indicateur est le plus pertinent pour comparer entre eux les véhicules thermiques et électriques, dont les structures de coût diffèrent fortement.

Tableau 1.3€/an

1.3 – Structure indicative du TCO d’une VP (compacte, 15 000 km/an sur 5 ans – €/an)

LibelléVP thermiqueVP électrique BEVNote
Énergie (carburant / électricité)~1 600~550Essence ~1 635 €, diesel ~1 526 € ; BEV ~540 € (85 % recharge domicile)
Entretien / pièces~700~500BEV ~30 % en moins (chap 9)
Assurance~600~680BEV : prime +10 à 15 %
Pneumatiques~250~300BEV : usure plus rapide (masse)
Décote / valeur résiduelle (amort. annuel)ÉlevéePlus élevéeBEV : décote plus rapide

Lecture qualitative

Trois enseignements convergents émergent des publications sectorielles 2024-2025 (ADEME, Mobilians/TCG, Argus) : (1) le TCO total d’un BEV se rapproche de celui d’une VP thermique équivalente, particulièrement avec bonus et fiscalité avantageuse ; (2) le différentiel se joue principalement sur la valeur résiduelle (décote BEV plus rapide), l’usure des pneumatiques et le coût des assurances ; (3) en milieu urbain avec ZFE, le BEV devient structurellement avantageux ; en milieu rural sans accès dédié à la recharge, le thermique peut rester plus compétitif.

1.5

Dépenses publiques pour les transports

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Les administrations publiques françaises consacrent annuellement environ 30-32 Md€ aux transports en fonctionnement et investissement, répartis entre les administrations centrales (APUC pour Administrations publiques centrales : État, SNCF Réseau, CEA…) et locales (APUL pour Administrations Publiques Locales : régions, départements, communes et leurs groupements).

Tableau 1.4Md€ courants TTC, hors charges de retraites

1.4 – Dépenses transport des administrations centrales – synthèse (Md€ courants TTC, hors charges de retraites)

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Libellé2016201720182019202020212022202320242025
Fonctionnement total13,914,715,016,416,215,816,216,717,1n.d.
dont ferroviaire11,112,012,013,313,312,712,613,213,4n.d.
dont route0,50,40,60,70,60,61,00,70,7n.d.
dont TC urbain0,10,10,00,00,00,10,10,10,2n.d.
Investissement total7,18,27,27,67,48,38,37,48,1n.d.

Sur la période 2019-2023 documentée au tableau 1.4, les administrations centrales ont dépensé en moyenne environ 10 fois plus pour le ferroviaire que pour la route, avec un ratio en repli de 12 (2019) à 9 (2023) sous l’effet de la hausse des dépenses routières. La part de l’investissement ferroviaire et des transports collectifs n’a cessé de progresser, signe d’un rééquilibrage modal en cours mais à un rythme insuffisant pour atteindre les objectifs de la SNBC (cf. chap 12).

Côté APUL, les régions, départements, communes et leurs groupements financent une part substantielle du réseau routier (départements et communes gestionnaires de voirie), de l’investissement dans les transports en commun urbains (autorités organisatrices de la mobilité), subventionnent près de 90 aéroports régionaux et participent à des projets nationaux par les contrats de plan État-Région. Sur les comptes 2023 (dernière année consolidée), les dépenses APUL pour les transports voyageurs et marchandises atteignent 33,6 Md€, en progression sensible par rapport à 2022 (+8,5 %), sous l’effet notamment de la dynamique des investissements en transports collectifs urbains.

1.6

Investissements publics en infrastructures de transport

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Tableau 1.5Md€ courants

1.5 – Investissements publics en infrastructures (Md€ courants)

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Libellé20192021202220232024
Routes, autoroutes non concédées9,08,89,19,29,56
Réseau ferroviaire hors IdF4,44,64,54,64,77
dont LGV0,60,30,30,30,32
Transports en commun urbains7,26,76,97,88,16
dont Société des grands projets (SGP)2,42,62,93,54,9

En 2024, le total des investissements publics atteint 27,3 Md€ (+3,9 % vs 2023), soit 0,93 % du PIB. Cette dynamique concerne à la fois le réseau routier, le réseau ferré principal et les transports collectifs urbains. Le poids du ferroviaire et des transports collectifs dans l’investissement total a progressé de 7 points en dix ans, signe d’un rééquilibrage modal en cours. Mais ce volume reste insuffisant au regard des besoins identifiés : le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a chiffré à 5-7 Md€/an supplémentaires l’effort nécessaire pour respecter la trajectoire SNBC dans les transports. L’écart entre les engagements politiques et les moyens budgétaires effectifs constitue l’angle mort des feuilles de route climat-mobilités, dans un contexte où la trajectoire des finances publiques française (4,4 % de déficit en 2024) limite drastiquement les marges de manœuvre.

1.7

Fiscalité comparée des mobilités

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La mobilité est traversée par un ensemble dense de dispositifs fiscaux qui interagissent : taxes sur les carburants (TICPE, TVA), taxes à l’achat (malus écologique), incitations à l’achat (bonus écologique, prime à la conversion, leasing social), fiscalité des entreprises (Taxe sur les Véhicules de Société, TVS), taxes locales (vignettes, péages), et plus récemment taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance créée en 2024. Cette section donne une vue synthétique des grands postes de fiscalité-incitation qui structurent les choix individuels et collectifs de mobilité.

Tableau 1.6

1.6 – Principaux dispositifs fiscaux des mobilités en France (synthèse)

LibelléTaux / barèmeRecettes ou coût (Md€/an)Note
TICPE essenceVariable selon zone~16 (recette)Incluse au tableau 1.7
TICPE gazoleVariable selon zone~17 (recette)Incluse au tableau 1.7
TVA carburants (20 %)20 %~10 (recette)Sur HT + TICPE
Total recettes spéc. route 2024—52,3Cf. tableau 1.7
Bonus écologique VE 2024Variable selon revenus~1,0 (coût)Recentré sur ménages modestes

Lecture stratégique

L’érosion structurelle de la TICPE – de l’ordre de 1 Md€/an perdu par million de véhicules électriques supplémentaires (ordre de grandeur sectoriel) – constitue l’un des grands enjeux silencieux de la transition énergétique. Aux rythmes actuels d’électrification du parc, le manque à gagner cumulé pourrait atteindre plusieurs milliards d’euros par an d’ici 2030. La question de la substitution de cette ressource fiscale (péage urbain, taxe kilométrique, fiscalité écologique élargie) est l’un des chantiers ouverts pour la décennie à venir, abordé dans le projet de SNBC-3.

1.8

Recettes spécifiques et dépenses pour la route

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Tableau 1.7Md€ courants

1.7 – Recettes et dépenses des administrations pour la route (Md€ courants)

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Libellé201920202021202220232024
Recettes spécifiques48,547,349,049,449,652,3
Dépenses totales15,014,114,915,615,0~15,3
dont investissement9,38,69,19,39,4~9,6
Ratio R/D3,23,43,33,23,3~3,4

AFIT France est l’établissement public national qui finance, par son budget propre, les grands projets d’infrastructures de transport portés par l’État. Son budget est alimenté par un panier de ressources fiscales, dont la principale est l’affectation plafonnée d’une part du rendement de l’accise sur les énergies (ex-TICPE).

Tableau 1.8Md€ courants

1.8 – Recettes et dépenses de l’AFIT France (Md€ courants)

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Libellé201920212022202320242025
Recettes2,463,153,213,694,2~3,7
Dépenses2,463,053,323,594,34~3,7
dont routes0,950,991,061,23~1,1n.d.
dont ferroviaire1,081,311,251,28~1,67n.d.
dont TC urbain0,280,390,560,75~0,7n.d.

Le budget exécuté de l’AFIT France a atteint un niveau record en 2024 : 4,8 Md€ d’autorisations d’engagement (+37 % vs 2023) et 4,3 Md€ de crédits de paiement (+21 % vs 2023). La répartition des financements reste très majoritairement orientée vers le ferroviaire (51,3 % des autorisations d’engagement) et les routes (25,2 %, avec plus de 60 % consacrés à la modernisation). Pour 2025, le projet de budget prévisionnel s’établit à 3,7 Md€, en repli pour contribuer aux mesures d’économies budgétaires de l’État.

1.10

Sociétés concessionnaires d’autoroutes

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À fin 2024, neuf sociétés privées (regroupées en trois grands groupes Vinci Autoroutes, APRR, Sanef) et deux sociétés à capital majoritairement public (SFTRF et ATMB) gèrent au total environ 9 310 km d’autoroutes et d’ouvrages à péage, et emploient près de 11 430 personnes.

Tableau 1.9Md€ courants

1.9 – Sociétés concessionnaires d’autoroutes : synthèse (Md€ courants)

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Libellé20192021202220232025
CA HT11,210,911,612,312,8
Charges courantes3,43,53,73,53,6
Investissements1,11,51,61,11,1
Encours emprunts32,834,333,131,231,3
Effectifs (k)12,011,811,611,511,4

Le chiffre d’affaires des sociétés d’autoroutes est constitué quasi exclusivement de recettes commerciales : les péages (environ 97 % en 2024) et les recettes annexes provenant des sous-concessions. En 2024, le CA total atteint 12,8 Md€ HT, en hausse de +4,1 % par rapport à 2023, principalement sous l’effet de la hausse des tarifs de péage (+3,2 % en moyenne pour les véhicules légers). Le résultat net cumulé des SCA s’établit à 4,3 Md€ en 2024 (-3,4 % vs 2023, donnée non reproduite dans le tableau 1.9 ci-dessus), en raison de l’instauration de la nouvelle taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance et de la hausse de l’impôt sur les sociétés. Les dividendes versés progressent toutefois de près de 9 % par rapport à 2023, atteignant 4,4 Md€ – un niveau record sur la décennie (non reproduite dans le tableau 1.9 ; source : synthèse ART des comptes des sociétés concessionnaires d’autoroutes 2024).

1.11

Transports en commun en province et Versement Mobilité

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Le Versement Mobilité (VM, ex-versement transport) est un impôt destiné à financer les dépenses d’investissement et de fonctionnement des transports en commun. Il est dû par les employeurs employant 11 salariés et plus dans une zone où il a été instauré, et reversé à Île-de-France Mobilités en région parisienne et aux autorités organisatrices des transports urbains (AOTU) en province.

Tableau 1.10M€ courants

1.10 – Versement Mobilité (M€ courants)

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Libellé2016201720182019202020212022202320242025
Ensemble8 0738 6288 9219 2689 0429 64210 56711 38912 231n.d.
Île-de-France3 9694 3524 5354 6454 6244 8645 3095 6566 182n.d.
Province4 1034 2764 3864 6234 4184 7785 2585 7336 049n.d.

La loi de finances pour 2025 a en outre instauré un Versement Mobilité Régional et Rural (VMRR), au taux maximal de 0,15 %, applicable hors Île-de-France ; plusieurs régions (Occitanie, Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine) l’ont progressivement mis en œuvre à partir du 1er janvier 2026.

Économie des TC de province

Selon les enquêtes annuelles de l’Union des Transports Publics (UTP), une divergence croissante s’observe depuis vingt ans entre, d’une part, l’offre de transport (mesurée par la longueur des lignes, les effectifs des compagnies de transport et les dépenses de fonctionnement), et, d’autre part, la demande de transport (mesurée par le nombre de voyages effectués par les usagers et les recettes commerciales). Le taux de couverture des dépenses d’exploitation par les recettes commerciales, qui était de 53 % en 1994, n’atteignait plus que 24 % en 2020. Cette dégradation tient non seulement à l’effet temporaire de la crise sanitaire, mais surtout à l’extension progressive des périmètres desservis vers des secteurs périurbains de plus en plus diffus, donc moins adaptés à un transport collectif performant. Selon l’UTP, la population desservie par les TC de province est passée de 15 millions d’habitants en 1994 à 21,2 millions en 2020. Les dépenses d’investissements et les déficits d’exploitation sont essentiellement financés par le Versement Mobilité.

1.12

Économie de la livraison du dernier kilomètre

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La livraison du dernier kilomètre – c’est-à-dire le segment final entre l’entrepôt logistique et le destinataire (particulier ou professionnel) – est devenue en quinze ans l’un des sujets structurants des mobilités urbaines, sous l’effet conjugué de l’essor du e-commerce et de la concentration urbaine. Ce segment est particulièrement coûteux par unité livrée, car il combine arrêts multiples, trafic dense et faible taux de remplissage. Il représente une part disproportionnée des émissions, des kilomètres parcourus et des coûts de la chaîne logistique urbaine.

Acteurs structurants en France : La Poste/Colissimo et Chronopost (filiale du Groupe La Poste) ; Mondial Relay (Groupe Otto/Hermes) ; DPD France (Geopost) ; GLS France ; Geodis ; Amazon Logistics ; UPS ; FedEx ; ColisPrivé. Le marché est marqué depuis 2020 par la consolidation des acteurs et par le déploiement de réseaux de points relais et de consignes automatiques (Amazon Lockers, Pickup) qui modifient progressivement la géographie de la livraison.

Tableau 1.11

1.11 – Indicateurs structurants du dernier kilomètre en France

LibelléValeurSource
Volume de colis livrés en France (par an, 2024)~1,5 milliardMin. Économie / FEVAD
dont colis < 150 € (plateformes étrangères)~800 millionsMin. Économie 2024
CA e-commerce France 2024175,3 Md€ (+9,6 %)FEVAD
dont ventes de produits66,9 Md€ (+6 %)FEVAD
Part de l’e-commerce dans le commerce de détail11 % (2024)FEVAD

Lecture économique

L’effet du e-commerce sur le parc VUL et sur la circulation urbaine est documenté dans le chap 7 (parc VUL en croissance régulière, +20 % de colis livrés en quatre ans selon les ordres de grandeur sectoriels) et dans le chap 5 (flux et circulation urbaine). La transition vers les VUL électriques – soutenue par la TVS, par les ZFE et par les engagements RSE des grands chargeurs (Carrefour, La Poste, Geodis) – constitue le principal vecteur de modernisation du parc utilitaire urbain. Cf. également chap 12 sur les émissions associées.

1.13

Économie des nouvelles mobilités – synthèse

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Cette section synthétique introduit les ordres de grandeur économiques des nouvelles mobilités – VTC, taxis, covoiturage, autopartage, MaaS, vélos en libre-service. Le développement détaillé est consacré au chapitre 6 (Nouvelles mobilités et MaaS).

Tableau 1.12

1.12 – Ordres de grandeur des nouvelles mobilités en France

LibelléIndicateurValeurSource
Covoiturage longue distanceVoyageurs / an France~25 M (BlaBlaCar)BlaBlaCar (publié)
Covoiturage domicile-travailForfait État jusqu’à 100 €Soutien public 2023-2024Communications gouvernementales
VTC / taxisChauffeurs VTC actifs (2024)~71 300 (+27 %/an)SDES / ONT3P
VTC / taxisCourses VTC réalisées (2024)> 100 M (+16 %/an)SDES / ONT3P
AutopartageVéhicules en autopartage France (1/1/2025)13 862 (+3,7 %) ; ~1 M abonnésBaromètre national AAA / LAET / ADEME

Lecture économique

L’agrégation des nouvelles mobilités représente, à l’échelle française, un marché de plusieurs milliards d’euros et plusieurs dizaines de millions de voyageurs annuels. Mais ce poids reste très inférieur à celui des modes traditionnels (le covoiturage longue distance pèse ainsi de l’ordre de 1 % des voyageurs intérieurs en France). L’enjeu structurel des nouvelles mobilités n’est donc pas leur volume actuel mais leur effet de substitution potentiel : remplacer une partie des trajets en voiture individuelle (covoiturage), désaturer les centres-villes (vélo, MaaS), et rendre la voiture optionnelle pour une part croissante des ménages urbains (autopartage, VTC).

1.14

Externalités économiques des transports

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Les externalités économiques des transports – c’est-à-dire les coûts non payés par les usagers mais supportés par la collectivité – couvrent six grandes catégories : pollution atmosphérique (santé), gaz à effet de serre (climat), bruit, congestion (temps perdu et productivité), accidents (au-delà de l’assurance) et imperméabilisation des sols. À l’échelle européenne, plusieurs études OCDE/ITF, AEE et Commission européenne convergent sur un ordre de grandeur cumulé compris entre 6 et 8 % du PIB de l’UE pour les externalités totales des transports. Cette section structure le sujet et renvoie aux références publiées.

Tableau 1.13

1.13 – Catégories d’externalités des transports

LibelléIndicateur de référenceSourceCf. chap
Émissions GES (climat)Mt CO2e annuellesCITEPA Secten11
Pollution atmo. (santé)NOx, PM, O3CITEPA, Santé publique France11
BruitCoût social ~147 Md€/an (dont transports 97,8)ADEME/CNB (2021)—
CongestionParis 97 h/cond. (2024) ; ~29 Md€/an (2023)INRIX 2024 ; Forum Vies Mobiles/LAET 20235
AccidentsCoût économique annuelONISR (~50 Md€)13
Deux viaducs autoroutiers sur piliers de béton vus en contre-plongée

Chiffrage de la congestion et du bruit

Ces deux composantes peuvent être éclairées par des estimations récentes, à manier avec prudence car les périmètres et les méthodes diffèrent. Congestion : l’INRIX Global Traffic Scorecard 2024 (publié en janvier 2025) évalue à 97 heures par conducteur le temps perdu dans les encombrements à Paris, n°2 mondial (cf. chap 5.7 pour le détail par métropole) ; le coût économique annuel de la congestion routière en France n’est pas publié de façon consolidée à une date récente, les estimations disponibles s’échelonnant d’environ 29 Md€/an (Forum Vies Mobiles/LAET, données 2023, d’après le Handbook des coûts externes de la Commission européenne 2019) à un ordre de grandeur historique de 17-22 Md€/an (INRIX/CEBR, estimation 2013 projetée à 2030). Bruit : l’étude ADEME / Conseil national du bruit publiée en 2021 chiffre le coût social du bruit en France à environ 147 Md€/an, dont 66,5 % (soit 97,8 Md€/an) imputables aux transports – principalement le bruit routier (54,8 % du coût total), devant le ferroviaire (7,6 %) et l’aérien (4,1 %) ; cette évaluation agrège toutefois des coûts de nature très différente (effets sanitaires, qui en représentent l’essentiel – 86 % du total —, pertes de productivité, dépréciation immobilière). Ces ordres de grandeur ne sont pas additionnables entre eux, ni avec les autres externalités (pollution, climat, accidents), faute de méthodes de valorisation homogènes.

Lecture pour le débat public

L’intégration des externalités dans les comptes nationaux – au-delà de la simple production marchande – fait débat depuis trente ans. Les économistes du transport (Nef-CGDD, OCDE/ITF) ont popularisé l’idée que la « facture transports » française dépasse 20 % du PIB lorsqu’on intègre les coûts indirects (santé, climat, congestion, bruit). Cette grandeur n’est pas additionnable directement aux 13,3 % de VA marchande (chap 1.1), car elle relève d’une comptabilité différente, mais elle éclaire les arbitrages des politiques publiques (péage urbain, ZFE, taxe carbone, normes Euro 7) qui visent précisément à intégrer les externalités dans les signaux-prix.

1.15

Emplois directs dans les transports

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Tableau 1.14milliers, hors intérim

1.14 – Emplois directs dans les transports – synthèse (milliers, hors intérim)

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Libellé20192021202220232024
Transport ferroviaire99919295~96
Transport urbain et routier voyageurs302303310322~328
Transports routiers de marchandises422455457455~454
Transports maritime et fluvial27262728~28
Transport aérien63575860~61
1.16

Motorisation des ménages

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Tableau 1.15% des ménages

1.15 – Équipement des ménages en automobiles (% des ménages)

Ménages en 2018
Ménages en 2022

En Île-de-France : 64,8 % des ménages possèdent au moins une voiture

Survolez ou touchez un segment pour afficher sa valeur.

LibelléMénages en 2018 (SRCV)Ménages en 2022 (recensement)
Aucune voiture16 %18,8 %
1 seule voiture48 %
2 voitures ou plus36 %
Au moins 1 voiture81,2 %

Selon le recensement de la population 2022 (dernier millésime diffusé), 81,2 % des ménages disposent d’au moins une voiture (concept « voitures à disposition, hors usage exclusivement professionnel »). La motorisation reste très élevée en milieu rural non périurbain (de l’ordre de 91 %) et décroît à mesure que la densité augmente, pour tomber à 64,8 % en Île-de-France et plus bas encore dans Paris intra-muros. Cette polarisation territoriale est l’une des plus fortes d’Europe et structure profondément le débat des mobilités : pour les ménages des zones peu denses, la voiture reste un quasi-bien essentiel sans alternative crédible, ce qui rend politiquement explosives les hausses du prix des carburants (gilets jaunes 2018) et les contraintes ZFE. À l’inverse, dans les centres-villes, la part des ménages non motorisés progresse depuis cinq ans, soutenue par l’essor du vélo, des transports collectifs et de l’autopartage.

1.17

Déplacements quotidiens – enquêtes nationales

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Les déplacements de personnes en France métropolitaine sont connus grâce à des enquêtes nationales réalisées périodiquement, tous les 10 à 15 ans, par l’INSEE, l’IFSTTAR et le SDES. Quatre enquêtes ont été menées en 1982, 1994, 2008 et 2019. La prochaine enquête nationale Mobilité des Personnes (ENMP, ex-ENTD) est en cours de production par le SDES ; ses résultats sont attendus à l’horizon 2026-2027 et permettront de mesurer les éventuelles évolutions post-Covid (essor du télétravail, mutation des pratiques de mobilité).

Tableau 1.16

1.16 – Déplacements quotidiens – synthèse historique

Libellé1982199420082019
Population 6 ans + (M)49,053,156,259,5
Déplacements / pers. / jour3,343,163,153,04
dont mécanisés2,202,422,442,32
Distance moyenne (km/jour)17,423,125,226,5
Temps moyen quotidien (min)54,854,756,461,9
Files de voitures pare-chocs contre pare-chocs sur une autoroute urbaine au soleil couchant

Les principaux enseignements de ces enquêtes sont relativement stables depuis trente ans. Le nombre de déplacements par personne décroît légèrement (de 3,3 à 3,0 par jour ouvrable, dont 2,3 mécanisés). La répartition modale, tant en nombre de déplacements qu’en distances parcourues, évolue peu. La répartition entre les motifs de déplacement n’évolue pratiquement plus et confirme la position durablement minoritaire des déplacements domicile-travail (entre 17 % et 21 %). La voiture reste largement majoritaire.

Sur quarante ans, les portées moyennes ont augmenté pour tous les modes mécanisés (voiture +45 %, deux-roues +120 %), tandis que les vitesses moyennes restent quasi stables, sauf pour les deux-roues qui ont progressé de l’ordre de +45 %. Les durées moyennes par déplacement augmentent en parallèle, traduisant une mobilité géographiquement plus étendue mais soumise à des contraintes de circulation comparables. Les fiches graphiques détaillées (FIGURES 2.21 à 2.25) sont conservées dans le fichier d’annexes graphiques.

1.18

Sources principales et statut des données

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  • SDES – Bilan annuel des transports 2024 (novembre 2025) ; Chiffres clés des transports édition 2026 (avril 2026).
  • INSEE – Comptes nationaux base 2020 ; enquête SRCV.
  • Autorité de régulation des transports (ART) – synthèse comptes des sociétés concessionnaires d’autoroutes 2024.
  • AFITF – rapport d’activité 2024.
  • URSSAF / Île-de-France Mobilités – Versement Mobilité.
  • Union des Transports Publics (UTP) – enquêtes annuelles TC province.
  • DGFiP – comptes administrations locales.
  • Kantar TNS Parc Auto pour la PFA – équipement automobile des ménages.
  • ADEME – référentiel coûts d’usage des véhicules (TCO).
  • FEVAD, ARCEP – e-commerce et livraison du dernier kilomètre.
  • OCDE/ITF, AEE, Commission européenne – externalités des transports.

Sections nouvelles – précautions

Cinq sections (1.3 TCO, 1.6 fiscalité comparée, 1.11 dernier kilomètre, 1.12 nouvelles mobilités, 1.13 externalités) reposent sur des ordres de grandeur sectoriels issus de sources publiques nommées (ADEME, FEVAD, ARCEP, OCDE/ITF, CGEDD). Ces valeurs sont indicatives, dépendantes des hypothèses retenues, et signalées comme telles dans le corps du chapitre.

Périmètres et continuité

Le passage en base 2020 des comptes nationaux INSEE en mai 2024 a entraîné une révision rétrospective des séries de valeur ajoutée, de PIB et de consommation des ménages sur 1949-2023. Les transferts de personnel SNCF Réseau en 2015 ont créé une rupture sur les séries d’emplois transport ferroviaire / auxiliaires.

Lien avec les autres chapitres

[→ chap 4] Industrie et emploi : déclinaison de la filière auto (constructeurs + équipementiers, ~400 000 emplois) et plans sociaux 2024-2025.

[→ chap 6] Nouvelles mobilités, MaaS et mobilité partagée : développement complet du marché VTC, covoiturage, autopartage, vélos LIB.

[→ chap 7] Parc : motorisation et taux d’équipement, géographie du parc.

[→ chap 11] Énergie : prix carburants, fiscalité TICPE, IRVE.

[→ chap 13] Sécurité routière : coût économique de l’insécurité (~50 Md€/an, ONISR).

[→ chap 9] After-market : économie de la maintenance et des pièces (38,5 Md€ marché VL France).

Vue aérienne d’un échangeur autoroutier à plusieurs niveaux avec camions et voitures

Statut des données

La quasi-totalité des valeurs 2024 présentées dans ce chapitre sont CONFIRMÉES sur la base des publications officielles parues en 2025-T1 2026. Les valeurs 2025 marquées « n.d. » correspondent à des données non encore consolidées à la date de publication (mai 2026), pour les raisons de calendrier de publication propre à chaque organisme : comptes nationaux annuels INSEE attendus fin mai 2026, Bilan annuel des transports SDES attendu fin 2026, synthèse ART attendue T1 2027, Versement Mobilité publié progressivement par l’URSSAF avec ~6-12 mois de décalage. Les enquêtes UTP et Kantar TNS ont des délais de publication plus longs (~2 ans).

Indicateurs

Les indicateurs rattachés à la thématique

Valeur, période, statut et producteur pour chaque indicateur.

Tous les indicateurs →
IndicateurValeurPériodeType
Population — France entière68,6 millions1er janvier 2025Stock